Texte intégral
COUR D'APPEL D'AIX-EN-PROVENCE
Chambre 1-2
ARRÊT
DU 22 SEPTEMBRE 2022
N° 2022/599
Rôle N° RG 21/09842 - N° Portalis DBVB-V-B7F-BHXG4
S.C.I. MANDRAGORE
C/
[D] [S] [V]
[K] [L] [Z] [W] épouse [V]
S.D.C. LE CLOS DE LA MADRAGUE
Copie exécutoire délivrée
le :
à :
Me Emmanuel LAMBREY
Me Alain-David POTHET
Me Serge DREVET
Décision déférée à la Cour :
Ordonnance de référé rendue par le Président du Tribunal Judiciaire de DRAGUIGNAN en date du 12 mai 2021 enregistrée au répertoire général sous le n° 20/05426.
APPELANTE
S.C.I. de la MANDRAGORE
Prise en la personne de son représentant légal en exercice
dont le siège social est situé [Adresse 3]
représentée par Me Emmanuel LAMBREY de la SCP LAMBREY & ASSOCIES, avocat au barreau d'AIX-EN-PROVENCE, plaidant
INTIMES
Monsieur [D] [V]
né le 09 novembre 1960 à [Localité 5], demeurant [Adresse 4]
représenté par Me Alain-David POTHET de la SELAS CABINET POTHET, avocat au barreau de DRAGUIGNAN, plaidant
Madame [K] [W] épouse [V]
née le 28 mars 1956 à [Localité 7], demeurant [Adresse 4]
représentée par Me Alain-David POTHET de la SELAS CABINET POTHET, avocat au barreau de DRAGUIGNAN, plaidant
Syndicat des copropriétaires LE CLOS DE LA MADRAGUE sis [Adresse 1]
représenté par son syndic en exercice la SARL AGENCE MONT BLANC COTE D'AZUR, agissant en la personne de son représentant légal
ayant son siège social [Adresse 2]
représentée par Me Serge DREVET, avocat au barreau de DRAGUIGNAN
*-*-*-*-*
COMPOSITION DE LA COUR
L'affaire a été débattue le 21 juin 2022 en audience publique. Conformément à l'article 804 du code de procédure civile, M. PACAUD, Président, a fait un rapport oral de l'affaire à l'audience avant les plaidoiries.
La Cour était composée de :
M. Gilles PACAUD, Président rapporteur
Mme Catherine OUVREL, Conseillère
Mme Angélique NETO, Conseillère
qui en ont délibéré.
Greffier lors des débats : Mme Julie DESHAYE.
Les parties ont été avisées que le prononcé de la décision aurait lieu par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
ARRÊT
Contradictoire,
Prononcé par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022,
Signé par M. Gilles PACAUD, Président et Mme Julie DESHAYE, greffière auquel la minute de la décision a été remise par le magistrat signataire.
***
EXPOSÉ DU LITIGE
L'immeuble Le Clos de la Madrague, sis [Adresse 1], est placé sous le régime de la copropriété des immeubles bâtis. Il s'agit d'un ensemble immobilier horizontal régi par un règlement de copropriété reçu initialement, le 10 juillet 1980, par Me [Y], notaire à [Localité 6].
Par acte notarié en date du 30 septembre 2016, M. [D] [V] et son épouse, Mme [K] [W], ont fait l'acquisition des lots n° 1020, constitué d'un box en sous-sol, et 109, composé d'un appartement type duplex, situé aux rez-de chaussée et premier étage du bâtiment ABC. Auparavant, Mme [V] était propriétaire indivise d'un autre bien situé au sein de la même copropriété.
Dès le printemps 2017, les époux [V] ont réalisé des travaux affectant les parties communes.
Cette situation a été dénoncée par lettres recommandées du Syndic en date des 11 et 16 mai 2017 au motif qu'elle induisait, selon lui, une appropriation de parties communes et portait atteinte à l'harmonie de l'immeuble.
L'avocat des époux [V] répondait, le 6 juin 2017, en contestant cette analyse, et en reprochant au Syndic un « traitement différencié » à l'égard de ses clients. Il n'excluait pas de solliciter une éventuelle autorisation de la copropriété lors de la prochaine assemblée générale.
Après avoir fait dresser un procès-verbal de constat, par huissier de justice, le conseil du Syndicat des copropriétaires répondait officiellement, le 12 juin suivant, en énumérant sept griefs distincts, à savoir :
- la pose d'un vélux sur le toit côté nord ;
- l'installation d'un volet roulant avec appropriation d'une partie de la terrasse commune, dès lors qu'il a été installé un mètre au-delà de la baie vitrée d'origine ;
- la mise en peinture du faux plafond de la terrasse du 1er étage en violation du choix de
teinte effectué par l'assemblée générale du 17 août 2016 ;
- la création d'une dalle en béton ;
- la réalisation d'une jardinière en béton sur la coursive partie commune desservant l'appartement ;
- la réfection du carrelage de la terrasse, partie commune à jouissance exclusive ;
- l'encombrement des parties communes à l'arrière de leur appartement.
Par lettre recommandée avec demande d'avis de réception en date du 4 juillet 2017, le conseil des époux [V] a :
- dénoncé au Syndic un procès-verbal de constat dressé les 13 et 14 juin précédents ;
- présenté au Syndic une demande d'inscription à l'ordre du jour de la prochaine assemblée de cinq résolutions parmi lesquelles une visant à l'autoriser à ester en justice à l'encontre des copropriétaires ayant réalisé des travaux en violation du règlement de copropriété.
L'assemblée générale des copropriétaires a refusé de ratifier les travaux de réalisation d'un vélux sur le toit de la copropriété (19ème résolution), la création d'un volet roulant au droit de la jardinière de l'étage supérieur côté front de mer (20ème résolution) et le remplacement du
carrelage de la terrasse partie commune de l'immeuble.
Par une résolution n° 24, elle a voté, à la majorité des copropriétaires présents ou représentés (54 781 millièmes sur 68 500), l'introduction d'une procédure judiciaire à l'encontre des époux [V] pour violation des clauses du règlement de copropriété et de la loi du 10 juillet 1965 suite aux travaux réalisés en mai 2017 sans autorisation préalable de l'assemblée générale des copropriétaires.
La résolution n° 22, présentée par les époux [V] aux fins d'autoriser le Syndic de la copropriété à ester en justice à l'encontre d'autres copropriétaires ayant réalisé des travaux en violation du règlement de copropriété a été rejetée.
Par acte du 25 septembre 2017, les époux [V] ont assigné le Syndicat des copropriétaires aux fins d'entendre :
- annuler des résolutions n° 17 à 23 de l'assemblée générale du 18 août 2017 ;
- ratifier les travaux qu'ils ont réalisés en vertu de l'article 30 de la loi du 10 juillet 1965 tels qu'ils ont été sollicités et rejetés par la copropriété ;
- condamner le Syndicat des copropriétaires à leur payer la somme de 3 000 euros à titre
de dommages-intérêts ainsi que 2 000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, outre les frais et dépens de l'instance ;
- assortir le jugement à intervenir de l'exécution provisoire.
Reconventionnellement, le Syndicat des copropriétaires a sollicité la condamnation in solidum des époux [V] à remettre les lieux dans leur état initial.
Par jugement du 16 juillet 2019, le tribunal de grande instance de Draguignan a :
- débouté les époux [V] de leurs demandes d'annulation des résolutions n° 19, 20, 21 et 23 du procès-verbal de l'assemblée générale du 18 août 2017 ;
- annulé la résolution n° 22 de cette même assemblée ;
- débouté les époux [V] de leur demande de ratification des travaux telle que demandée en résolution n° 19 de l'assemblée générale du 18 août 2017 ;
- débouté les époux [V] de leur demande de dommages et intérêts ;
- condamné solidairement les époux [V] à remettre les lieux en leur état initial c'est à dire avant les travaux non autorisés par l'assemblée générale des copropriétaires et ce, sans astreinte ;
- condamné solidairement les époux [V] à verser au Syndicat des copropriétaires la somme de 2 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ainsi qu'aux entiers dépens ;
- rejeté la demande tendant au bénéfice de l'exécution provisoire.
M. et Mme [V] ont interjeté appel de ce jugement et la procédure est actuellement pendante devant la cour de céans.
Ils ont ensuite pris l'initiative de faire délivrer des assignations en référé à 18 copropriétaires aux fins de les contraindre à retirer leurs travaux, considérés comme illicites, et remettre les lieux en leur état initial. Dans chacune de ces procédures, ils ont mis en cause le Syndicat des copropriétaires.
Par ordonnance contradictoire en date du 12 mai 2021, rendue dans la procédure les opposant à la société civile immobilière (SCI) Mandragore, le juge des référés du tribunal judiciaire de Draguignan a :
- rejeté l'exception de litispendance ;
- rejeté les fins de non recevoir ;
- condamné la SCI La Mandragore à déposer le climatiseur, le parquet en bois sur terrasse et les escaliers, ainsi qu'à démolir l'allongement de la terrasse dans le délai de trois mois à compter de la signification de son ordonnance ;
- condamné la SCI La Mandragore à verser à M. [D] [V] et son épouse, Mme [K] [W], la somme de 500 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ;
- condamné la SCI La Mandragore aux dépens ;
- débouté les parties de leurs demandes pour le surplus ;
- enjoint à chacune des parties de rencontrer en vue d'être informée sur le processus de médiation Mme [K] [F], médiatrice près la cour d'appel d'Aix-en-Provence ;
Selon déclaration reçue au greffe le 30 juin 2021, la SCI Mandragore a interjeté appel de cette décision, l'appel portant sur toutes ses dispositions dûment reprises, exception faite de l'obligation de rencontrer une médiatrice.
Par dernières conclusions transmises le 31 août 2021, auxquelles il est renvoyé pour plus ample exposé des prétentions et moyens, le Syndicat des copropriétaires Le Clos de la Madrague demande à la cour :
- à titre principal, d'infirmer l'ordonnance entreprise et, statuant à nouveau de :
' déclarer les demandes de M. et Mme [V] irrecevables ;
' débouter M. et Mme [V] de l'intégralité de leurs demandes ;
- à titre subsidiaire, de confirmer l'ordonnance entreprise en ce qu'elle ne prononce aucune condamnation à son encontre ;
- en tout état de cause, de :
' condamner les époux [V] à leur payer la somme de 3 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile,
' condamner les époux [V] aux entiers dépens de la procédure.
Par dernières conclusions transmises le 2 septembre 2021, auxquelles il est renvoyé pour plus ample exposé des prétentions et moyens, la SCI de La Mandragore sollicite de la cour qu'elle infirme en toutes ses dispositions l'ordonnance entreprise et statuant à nouveau :
- à titre préliminaire, se déclare incompétente au regard de la procédure actuellement pendante devant la cour d'appel d'Aix en Provence ;
- à titre liminaire, déclare irrecevables les demandes des époux [V] ;
- à titre principal ;
' juge que les époux [V] ne caractérisent pas de trouble manifestement illicite ;
' déclare le juge des référés incompétent au regard de l'absence de trouble manifestement illicite ;
' dise n'y avoir lieu à référé ;
- en tout état de cause :
' dise et juge que les époux [V] n'ont aucunement adressé de lettre avant procédure ;
' rejette l'ensemble des demandes présentées par les époux [V] ;
' condamne in solidum les époux [V] à lui payer la somme de 3 500 euros en application de l'article 700 du Code de procédure civile ;
' condamne in solidum les époux [V] aux entiers dépens, distraits au profit de Maître Emmanuel Lambrey, membre de la SCP Lambrey & associés, conformément aux dispositions des articles 696 et suivants du code de procédure civile.
Par dernières conclusions transmises le 31 mai 2022, auxquelles il est renvoyé pour plus ample exposé des prétentions et moyens, M. [D] [V] et Mme [K] [W] épouse [V] sollicitent de la cour qu'elle :
- confirme entreprise en toutes ses dispositions sauf à condamner, en cause d'appel, la SCI de La Mandragore au paiement de la somme de 4 000 euros au titre des frais irrépétibles sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile ;
- condamne la SCI de La Mandragore aux entiers dépens tant de première instance que d'appel qui comprendront les frais des procès-verbaux de constats d'huissier et la contribution à hauteur de 225 euros et dise que la SELAS Cabinet Pothet, avocat, pourra recouvrer directement ceux dont elle aura fait l'avance sans avoir reçu provision conformément à l'article 699 du code de procédure civile.
Par dernières conclusions transmises le 5 juin 2022, auxquelles il est renvoyé pour plus ample exposé des prétentions et moyens, la SCI de La Mandragore sollicite de la cour qu'elle infirme en toutes ses dispositions l'ordonnance entreprise et statuant à nouveau :
- à titre préliminaire, se déclare incompétente au regard de la procédure actuellement pendante devant la cour d'appel d'Aix en Provence ;
- à titre liminaire, déclare irrecevables les demandes des époux [V] ;
- à titre principal ;
' juge que les époux [V] ne caractérisent pas de trouble manifestement illicite ;
' déclare le juge des référés incompétent au regard de l'absence de trouble manifestement illicite ;
' dise n'y avoir lieu à référé ;
- en tout état de cause :
' dise et juge que les époux [V] n'ont aucunement adressé de lettre avant procédure ;
' rejette l'ensemble des demandes présentées par les époux [V] ;
' condamne in solidum les époux [V] à lui payer la somme de 3 500 euros en application de l'article 700 du Code de procédure civile ;
' condamne in solidum les époux [V] aux entiers dépens, distraits au profit de Maître Emmanuel Lambrey, membre de la SCP Lambrey & associés, conformément aux dispositions des articles 696 et suivants du code de procédure civile.
Par conclusions de procédure, transmises le 7 juin 2022, auxquelles il est renvoyé pour plus ample exposé des prétentions et moyens, M. [D] [V] et Mme [K] [W] épouse [V] sollicitent de la cour qu'elle :
- rejette purement et simplement des débats les conclusions notifiées le 05 juin 2022 pour le compte de la SCI de La Mandragore ;
- juge que les dépens suivront ceux du fond.
L'instruction de l'affaire a été close par ordonnance en date du 7 juin 2022.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Il convient de rappeler, à titre liminaire, que la cour n'est pas tenue de statuer sur les demandes de 'constater', 'donner acte', 'dire et juger' ou 'déclarer' qui, sauf dispositions légales spécifiques, ne sont pas des prétentions, en ce qu'elles ne sont pas susceptibles d'emporter des conséquences juridiques, mais des moyens qui ne figurent que par erreur dans le dispositif, plutôt que dans la partie discussion des conclusions d'appel.
Sur la recevabilité des dernières conclusions de la SCI de La Mandragore
Aux termes de l'article 15 du code de procédure civile, les parties doivent se faire connaître mutuellement en temps utile les moyens de fait sur lesquels elles fondent leurs prétentions, les éléments de preuve qu'elles produisent et les moyens de droit qu'elles invoquent, afin que chacune soit à même d'organiser sa défense.
L'article 16 du code de procédure civile dispose : Le juge doit, en toutes circonstances faire observer et observer lui-même le principe de la contradiction. Il ne peut retenir, dans sa décision, les moyens, les explications et les documents invoqués ou produits par les parties que si celles-ci ont été à même d'en débattre contradictoirement.
Selon l'article 802 du code de procédure civile, après l'ordonnance de clôture, aucune conclusion ne peut être déposée ni aucune pièce produite aux débats, à peine d'irrecevabilité prononcée d'office : sont cependant recevables les demandes en intervention volontaire, les conclusions relatives aux loyers, arrérages, intérêts et accessoires échus, aux débours faits jusqu'à l'ouverture des débats, si leur décompte ne peut faire l'objet d'aucune contestation sérieuse, ainsi que les demandes en révocation de l'ordonnance de clôture. Par application des dispositions de ce texte, doivent être considérées comme comme tardives les conclusions déposées le jour ou la veille de la clôture de la procédure dont la date a été communiquée à l'avance.
En l'espèce la date de la clôture de la procédure a été communiquée aux parties par l'avis de fixation qui leur a été envoyé le 1er septembre 2021. L'avant veille de celle-ci, soit le dimanche (de Pentecôte) 5 juin 2022, alors même que le lundi suivant était férié, le conseil de la SCI de La Mandragore a notifié 17 pages de conclusions au soutien desquelles il n'a produit aucune pièce nouvelle. Les intimés n'ont disposé d'aucun jour ouvrable pour y répondre, l'ordonnance de clôture ayant, comme annoncé dans l'avis de fixation, été rendue et notifiée le 7 juin suivant à 11 heures 04.
Il convient dès lors d'écarter des débats le dernier jeu de conclusions de la SCI de La Mandragore et de la considérer comme étant en l'état de ses écritures du 2 septembre 2021.
Sur l'exception d'incompétence
Aux termes de l'article 484 du code de procédure civile, l'ordonnance de référé est une décision provisoire rendue à la demande d'une partie, l'autre présente ou appelée, dans le cas où la loi confère à un juge, qui n'est pas saisi du principal, le pouvoir d'ordonner immédiatement les mesures nécessaires. Le caractère provisoire des décisions rendues dans ce cadre procédural se traduit par l'impossibilité de saisir le juge des référés lorsqu'une action au fond a déjà été engagée et qu'un juge de la mise en état, aux pouvoirs concurrents, a été désigné.
Par jugement en date du 16 juillet 2019, le tribunal de grande instance de Draguignan, saisi par un acte introductif d'instance délivré le 25 septembre 2017 par les époux [V], a, notamment, annulé la résolution n° 22 de l'assemblée générale du 18 août 2017 ayant rejeté l'autorisation du Syndic d'ester en justice à l'encontre d'autres copropriétaires ayant réalisé les travaux relatés par les procès-verbaux de constat de Maître [E].
M. et Mme [V] ont interjeté appel de cette décision et la procédure est actuellement pendante devant la cour de céans.
La SCI de La Mandragore excipe de cette instance en cours et de l'autorité de chose jugée attachée à la décision précitée, pour conclure que le juge des référés a vu son pouvoir juridictionnel épuisé, préalablement à sa saisine, l'instance au fond portant sur le même contentieux lié aux travaux, prétendument illicites, des autres copropriétaires.
Cependant, comme relevé par le premier juge, l'objet même de ces instances est différent s'agissant, en l'espèce, d'une demande de cessation d'un trouble manifestement illicite par la remise en état provisoire des lieux et, dans l'instance au fond, d'un débat relatif à l'autorisation préalable donnée au Syndic d'ester en justice aux mêmes fins, à titre définitif. En outre, il n'y a pas identité de parties entre les deux instances puisque la SCI de La Mandragore, non directement concernée, n'a pas été attraite à la procédure au fond à l'issue de laquelle la décision précitée a été rendue.
Enfin, comme développé infra, le juge des référés tient des dispositions de l'article 835 alinéa 1 le pouvoir de prendre toute mesure de nature à faire cesser un trouble manifestement illicite même s'il s'agit d'une démolition.
Ainsi, et par des motifs substitués dès lors qu'il n'y a lieu de retenir la notion de litis pendance dans des rapports entre l'instance en référé et celle au fond, l'ordonnance entreprise sera confirmée en ce que le premier juge a estimé qu'il entrait dans ses pouvoirs de connaître des demandes de remise en état formulées devant lui par les époux [V].
Sur la fin de non recevoir tirée des dispositions de l'article 15 de la loi du 10 juillet 1965
Aux termes de l'article 15 alinéa 1 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, le Syndicat a qualité pour agir en justice, tant en demandant qu'en défendant, même contre certains des copropriétaires : il peut notamment agir, conjointement ou non avec un ou plusieurs de ces derniers, en vue de la sauvegarde des droits afférents à l'immeuble.
L'alinéa 2 du même texte ajoute que tout copropriétaire peut néanmoins exercer seul les actions concernant la propriété ou la jouissance de son lot, à charge d'en informer le Syndic.
Il est néanmoins admis que chaque copropriétaire puisse exiger en justice le respect du règlement de copropriété ou la cessation d'une atteinte aux parties communes sans être astreint à démontrer qu'il subit un préjudice personnel et distinct de celui dont souffre la collectivité des membres du Syndicat.
Ainsi, même si l'on peut entendre l'argument de l'appelante selon lequel une telle interprétation de l'intérêt légitime à agir, tel que visé par l'article 31 du code de procédure civile, peut sembler 'artificielle', outre la porte ainsi ouverte à la multiplication de procédures motivées par un pur esprit de vengeance, la cour ne peut, en l'état du droit positif, que confirmer l'ordonnance entreprise en ce qu'elle a rejeté la fin de non recevoir tirée du non-respect des dispositions de l'article 15 de la loi du 10 juillet 1965.
Sur la fin de non recevoir tirée de la prescription de l'action
Aux termes de l'article 42 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, les dispositions de l'article 2224 du code civil relatives au délai de prescription et à son point de départ sont applicables aux actions personnelles relatives à la copropriété entre copropriétaires ou entre un copropriétaire et le Syndicat.
L'article 2224 du code civil dispose que les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer.
En application des dispositions de ces textes, une action tendant au respect du règlement de copropriété doit être qualifiée de personnelle. Elle se prescrit donc dans les délais et termes de l'article 2224, précité, du code civil.
En revanche, une demande en restitution de parties communes injustement appropriées doit être qualifiée de réelle. La prescription trentenaire, de droit commun, lui est alors applicable. Tel est notamment le cas de l'action tendant à la démolition d'une construction réalisée sur une partie commune, même à jouissance privative.
Le litige soumis à la cour, limité par les termes de la déclaration d'appel et plus précisément la critique de la décision entreprise, porte sur l'installation d'un climatiseur, la pose d'un parquet en bois sur la terrasse et les escaliers ainsi que l'allongement de la terrasse.
Néanmoins, tout en se prévalant des dispositions des articles précités, l'appelante ne verse aux débats aucun élément permettant à la cour de connaître la date de réalisation de ces aménagements et donc le point de départ de la prescription dont elle se prévaut, qu'elle soit quinquennale ou trentenaire. Elle échoue donc dans l'administration de la preuve de cette fin de non recevoir.
L'ordonnance entreprise sera dès lors confirmée en ce qu'elle l'a rejetée.
Sur le trouble manifestement illicite
Aux termes de l'article 835 alinéa 1 du code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire ou le juge du contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
Le trouble manifestement illicite visé par ce texte désigne toute perturbation résultant d'un fait matériel ou juridique qui, directement ou indirectement, constitue une violation évidente de la règle de droit. Pour en apprécier la réalité, la cour d'appel, statuant en référé, doit se placer au jour où le premier juge a rendu sa décision et non au jour où elle statue.
Aux termes de l'article 25 b de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 ne sont adoptées qu'à la majorité des voix de tous les copropriétaires les décisions concernant ... l'autorisation donnée à certains copropriétaires d'effectuer à leurs frais des travaux affectant les parties communes ou l'aspect extérieur de l'immeuble, et conformes à la destination de celui-ci.
Par application des dispositions de ce texte, tous les travaux effectués par un copropriétaire sur les parties communes, même à usage privatif, doivent être autorisés et ce, même s'ils tendent à rendre l'immeuble conforme au règlement de copropriété ou à l'état descriptif. A défaut, chaque copropriétaire a le droit d'exiger la cessation de l'atteinte ainsi portée aux parties communes de l'immeuble et du trouble manifestement illicite qui en résulte, sans avoir à justifier de l'existence d'un préjudice personnel et distinct de celui dont souffre la collectivité des membres du Syndicat. Il doit néanmoins, comme en l'espèce, appeler ce dernier dans la cause sous peine d'irrecevabilité de sa demande.
S'agissant des travaux réalisés sur les parties privatives, ils peuvent être entrepris sans autorisation de l'assemblée générale des copropriétaires à la condition de ne pas affecter l'harmonie de l'immeuble.
Sur le climatiseur
Si les parties s'accordent sur la présence d'une installation de climatisation rafraîchissant l'appartement de la SCI Le Clos de la Madrague, la cour ne peut que constater que lors de la description du lot correspondant (n° 108), en pages 5 et 36 à 39 de son procès-verbal des 13 et 14 juin 2017, Maître [E], huissier instrumentaire, n'a pas mentionné ni caractérisé la présence, sur une partie privative ou commune de l'immeuble, d'un quelconque compresseur (ou 'bloc moteur') propriété de l'appelante. Du reste, contrairement aux autres aménagements critiqués, les époux [V] ne versent aux débats ni n'intègrent à leurs écritures, aucune photographie d'un tel appareil.
La cour n'est donc pas en mesure de vérifier l'existence d'une quelconque violation des dispositions de l'article 25 b, précité, de la loi du 10 juillet 1965.
L'ordonnance entreprise sera donc infirmée en ce qu'elle a condamné la SCI de la Mandragore à déposer le climatiseur.
Sur le revêtement en parquet-bois des marches et du jardinet
L'état descriptif de division de la copropriété de la Madrague, reçu le 10 juillet 1980 par Maître [Y], notaire à [Localité 6], décrit comme suit le lot n° 108 : un appartement duplex de trois pièces, situé en rez-de-chaussée et premier étage du bâtiment ABC, portant le numéro A08 au plan ci-annexé, divisé en :
' au rez-de-chaussée : séjour, cuisine, cellier, dégagement avec escalier intérieur et comprenant une terrasse,
' au premier étage, deux chambres, salle de bain, WC, dégagement, placard et une terrasse.
L'article 4 du 'règlement de copropriété-état descriptif de division de la Madrague', reçu le 10 juillet 1980 par Me [Y], stipule : Les parties communes sont celles qui ne sont pas affectées à l'usage exclusif d'un copropriétaire déterminé. Elles font l'objet d'une propriété indivise entre tous les copropriétaires considérée comme partie accessoire et intégrante de la partie divise de chacun d'eux. Elles comprennent notamment la totalité du sol, c'est à dire l'ensemble du terrain, en ce compris le sol des parties construites, des cours et jardins.
Le rapprochement des ces actes ne laisse subsister aucun doute quant au fait que les terrasses participent des parties privatives de l'immeuble alors que les jardins et jardinières qui les prolongent constituent des parties communes à usage privatif et les marches d'accès à l'appartement des parties communes.
La notion de travaux s'entend de toute mise en oeuvre de techniques et matériaux visant à transformer l'immeuble concerné dans ses parties privatives ou communes. Elle est indépendante de toute notion d'amovibilité. Les aménagements litigieux en relèvent donc à l'évidence.
Il résulte des constatations de Maître [E] et des photographies jointes à son procès-verbal des 13 et 14 juin 2017 (pages 5 et 36 à 39) que la SCI de La Mandagore a posé un parquet en bois sur le jardinet prolongeant la terrasse ainsi que sur les marches d'accès à son appartement. Ces travaux, réalisés sur des parties communes à usage privatifs, devaient être autorisés par l'assemblée générale.
Le trouble manifestement illicite était donc réel et actuel au moment où le premier juge a statué, soit le 12 mai 2021. L'ordonnance entreprise sera donc confirmée en ce qu'elle a condamné la SCI de la Mandragore à supprimer ces aménagements réalisés sur son lot n° 108.
Cette condamnation à remettre les lieux en leur état antérieur ne peut être considérée comme disproportionnée dès lors que, visant au respect des dispositions légales et de la loi des copropriétaires, que constitue le règlement de copropriété, elle tend à la nécessaire préservation de relations harmonieuses entre ces derniers en proscrivant d'éventuelles inéquités en forme d'inégalités de traitement.
Sur le revêtement en parquet-bois de la terrasse
L'article 6 du règlement de copropriété, intégré au chapitre II intitulé 'usage des parties privatives', stipule : chacun des copropriétaires pourra modifier comme bon lui semblera la disposition intérieure de ses locaux mais, pour la 'bonne harmonie' de l'immeuble, il ne devra rien faire qui puisse changer l'aspect extérieur de ce dernier : en particulier, les portes d'entrée, fenêtres, persiennes, balustrades, rampes et barres d'appui des fenêtres et balcons, devront conserver leurs formes et couleurs primitives.
Cette stipulation fait écho aux dispositions de l'article 25 b de la loi du 10 juillet 1965 qui, comme rappelé supra, pose comme principe que doivent être autorisés les travaux qui affectent l'harmonie de l'immeuble telle qu'elle peut être naturellement appréhendée par un regard extérieur aux lots privatifs.
Il résulte des photographies (n° 42 à 46) jointes au procès-verbal de constat, dressé 13 et 14 juin 2017 par Maître [E] (pages 32 à 39), que la SCI de La Mandragore a fait poser sur sa terrasse privative un parquet aux lieu et place du carrelage de teinte ocre-latérite initialement posé, tel qu'on le retrouve notamment sur les lots 110, 111, 204, 208, 210 et 212. Indépendamment de la teinte de ce revêtement, l'harmonie de l'immeuble est, à l'évidence, affectée par le changement de ses texture et forme.
Le trouble manifestement illicite était donc réel et actuel au moment où le premier juge a statué. L'ordonnance entreprise sera donc confirmée en ce qu'elle a condamné la SCI de la Mandragore a supprimer ledit parquet pour remettre la terrasse en son état initial c'est à dire en carrelage.
Cette condamnation à remettre les lieux en leur état antérieur ne peut être considérée comme disproportionnée dès lors que, visant au respect des dispositions légales et de la loi des copropriétaires, que constitue le règlement de copropriété, elle tend à la nécessaire préservation de relations harmonieuses entre ces derniers en proscrivant d'éventuelles inéquités en forme d'inégalités de traitement.
Sur l'article 700 du code de procédure civile et les dépens
Il convient de confirmer l'ordonnance déférée en ce qu'elle a condamné la SCI de La Mandagore aux dépens et à verser à M. [D] [V] et son épouse, Mme [K] [W] la somme de 500 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile.
Chacune des parties succombant partiellement en cause d'appel, le Syndicat de copropriétaire ayant partie liée avec l'appelante, il n'y a lieu de faire application des dispositions de ce texte à ce stade de la procédure.
La SCI de La Mandagore supportera les dépens de la procédure d'appel qui comprendront les droits de procédure, dits 'timbres', acquittés par l'ensemble de parties mais pas les coûts des 'différents procès-verbaux de constats' d'huissier lesquels ne s'analysent pas comme des frais afférents aux instances, actes et procédures d'exécution tels que limitativement énumérés par l'article 695 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
La cour,
Statuant dans les limites de l'appel,
Ecarte des débats les conclusions transmises et notifiées le 5 juin 2022 par la SCI de La Mandragore;
Confirme l'ordonnance entreprise en ce qu'elle a :
- rejeté l'exception de litispendance ;
- rejeté la fin de non recevoir tirée des dispositions de l'article 15 de la loi du 10 juillet 1965 ;
- rejeté la fin de non recevoir tirée de la prescription de l'action des époux [V] ;
- condamné la SCI de La Mandagore à déposer le parquet en bois sur la terrasse et les escaliers ainsi qu'à démolir l'allongement de la terrasse et ce, dans un délai de trois mois à compter de sa signification ;
- condamné la SCI de La Mandagore aux dépens et à verser à M. [D] [V] et son épouse, Mme [K] [W], la somme de 500 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ;
L'infirme pour le surplus ;
Statuant à nouveau et y ajoutant :
Dit n'y avoir lieu à référé sur la demande des époux [V] visant à entendre condamner la SCI de La Mandagore à déposer son climatiseur ;
Dit n'y avoir lieu à application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile en cause d'appel ;
Condamne la SCI de La Mandagore, aux dépens d'appel, qui seront recouvrés conformément aux dispositions de l'article 699 du code de procédure civile.
La greffière Le président