Texte intégral
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TRIBUNAL JUDICIAIRE de VALENCE
[Localité 1]
☎ : [XXXXXXXX01]
Références : N° RG 25/00071 - N° Portalis DBXS-W-B7J-IVIR
N° minute :
JUGEMENT
DU : 03 Février 2026
Copie conforme délivrée
le :
à :
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Emilie BONNOT, Vice-Présidente en charge des fonctions de Juge des Contentieux de la Protection du Tribunal Judiciaire de Valence, statuant publiquement par mise à disposition au greffe le 3 Février 2026 après débats à l'audience publique du 6 Janvier 2026, en présence de [Z] [O], auditrice de justice, et assistée de Carine MORENO, Greffier, a rendu le jugement suivant :
Dans l'affaire qui oppose :
S.A.S. [1], demeurant [Adresse 1]
représentée par Maître Séverine JOUANNEAU de la SCP JOUANNEAU-PALACCI, avocats au barreau de VALENCE substituée par Me Emilie CURCURU, avocat au barreau de VALENCE
ET
Madame [Q] [M]
née le 03 Décembre 1962 à [Localité 2], demeurant [Adresse 2]
représentée par Me Mathilde BRUNEL, avocat au barreau de VALENCE substitué par Me Jean Michel DREVON, avocat au barreau de VALENCE
SUEZ EAU FRANCE CHEZ [2], demeurant [Adresse 3]
non comparante, ni représentée
EDF SERVICE CLIENT CHEZ [3], demeurant SERVICE SURENDETTEMENT - [Adresse 4]
non comparante, ni représentée
[Adresse 5], demeurant [Adresse 6]
non comparante, ni représentée
[Adresse 7], demeurant [Adresse 8]
non comparante, ni représentée
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EXPOSÉ DU LITIGE
Le 25 avril 2025, Mme [Q] [M] a saisi la commission de surendettement des particuliers de la Drôme de sa situation. Sa demande a été déclarée recevable le 5 juin 2025.
Le 31 juillet 2025, la commission de surendettement des particuliers de la Drôme a élaboré des mesures imposées prévoyant un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, estimant la situation irrémédiablement compromise sans évolution favorable prévisible, et constatant l’absence d’actif réalisable.
Cette décision a été notifiée aux parties par lettre recommandée avec accusé de réception ou par voie électronique entre le 31 juillet et le 1er août 2025 et réceptionnée par la société [1] le 6 août 2025.
Suivant lettre recommandée avec accusé de réception envoyée le 8 août 2025,, la société [1] a déclaré contester le rétablissement personnel imposé par la commission, indiquant s'opposer à l'effacement de la dette et solliciter la mise en place d'un échéancier.
Le dossier a été transmis par la commission au juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Valence le 11 août 2025.
Les parties ont été convoquées à l’audience du 6 janvier 2026 par lettres recommandées avec avis de réception.
A l’audience du 6 janvier 2026 à laquelle l’affaire a été appelée et retenue, la société [1] a maintenu les termes de son recours, et a notamment expliqué que sa créance avait été en partie soldée et ne représentait plus qu'une somme de 2616,02 euros, ce qui permettait d'envisager un plan d'apurement.
Mme [Q] [M] a fait état de ses revenus et de ses charges, sollicitant le prononcé d’un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, et faisant valoir en substance que sa situation financière ne lui permettait pas de faire face à ses dettes, même d'un montant modique.
Les autres créanciers n’ont pas comparu et n’étaient pas représentés.
L’affaire a été mise en délibéré au 3 février 2026, date du prononcé du jugement par mise à disposition au greffe.
EXPOSÉ DES MOTIFS
En application de l'article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond. Le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
Sur la recevabilité en la forme du recours
En vertu de l’article R. 741-1 du code de la consommation, une partie peut contester devant le juge le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire recommandé par la commission dans les trente jours de la notification qui lui en est faite.
Le recours de la société [1], formé dans le délai de trente jours à compter de la réception de l’avis circonstancié de la commission par lettre recommandée, est recevable.
Sur la recevabilité de la procédure de surendettement
Aux termes de l'article L. 711-1 du code de la consommation le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi qui se trouvent dans l'impossibilité manifeste de faire face à l'ensemble de leurs dettes non professionnelles exigibles et à échoir.
En l’espèce, les créances ont été fixées à la somme de 8281,32 euros par la commission. L’impossibilité de Mme [Q] [M] de faire face à ses dettes exigibles et à échoir est manifeste, de telle sorte que la situation de surendettement est caractérisée.
Les créanciers n’ont pas contesté la situation de surendettement de Mme [Q] [M], qui apparaît par ailleurs de bonne foi.
Sur le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire
L’article L.741-6 du code de la consommation prévoit que le juge prononce un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire s’il constate que le débiteur se trouve dans une situation irrémédiablement compromise au sens de l’article L.724-1.
L’article L.724-1 précise que, lorsque le débiteur se trouve dans une situation irrémédiablement compromise caractérisée par l’impossibilité manifeste de mettre en œuvre des mesures de traitement prévues aux articles L. 732-1, L. 733-1, L. 733-7 et L. 733-8, la commission peut imposer un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire si elle constate que le débiteur ne possède que des biens meublants nécessaires à la vie courante et des biens non professionnels indispensables à l’exercice de son activité professionnelle, ou que l’actif n’est constitué que de biens dépourvus de valeur marchande ou dont les frais de vente seraient manifestement disproportionnés au regard de leur valeur vénale.
Enfin, l’article L. 743-2 du code de la consommation dispose qu’à tout moment de la procédure, le juge peut, s’il estime que la situation du débiteur n’est pas irrémédiablement compromise, renvoyer le dossier à la commission.
En l’espèce, il résulte des éléments du dossier de la commission que Mme [Q] [M] est âgée de 62 ans, est retraitée et vit seule. Ses ressources sont chiffrées à 856 euros, constituées des aides au logement et du revenu de solidarité active. Par ailleurs, ses charges sont évaluées à 1350 euros.
Ainsi, il est constant qu’à l’heure actuelle, Mme [Q] [M] ne dispose d’aucune capacité réelle de remboursement. Par ailleurs, compte tenu de son âge et de sa situation de retraitée, il n'existe aucune perspective de modification de la situation financière de l'intéressée.
Dans ces conditions, sa situation n’apparaît pas susceptible d’une amélioration suffisamment significative pour lui permettre de dégager durablement une capacité de remboursement. Aussi, il n’existe dans le dossier aucun élément objectif de nature à caractériser de réelles possibilités d’évolution à court ou même à moyen terme.
Il en résulte que les mesures de traitement du surendettement prévues par les articles L.732-1 et suivants, L.733-1 et suivants et L.733-7 du code de la consommation sont manifestement impuissantes à permettre un apurement du passif et que la situation de Mme [Q] [M] est irrémédiablement compromise au sens de l’article L.724-1 du même code. En outre, Mme [Q] [M] ne dispose d’aucun patrimoine liquidable.
En conséquence, il y a lieu de prononcer un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire à son profit avec les conséquences rappelées au dispositif de la présente décision.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection, statuant par mise à disposition au greffe, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort,
- Déclare recevable mais mal fondé le recours formé par la société [1],
- Prononce le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire de Mme [Q] [M],
- Fixe les créances conformément au tableau de la commission,
- Rappelle qu’en vertu de l’article L. 741-6 du code de la consommation le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes professionnelles et non professionnelles du débiteur, arrêtées à la date du présent jugement, à l’exception :
* des dettes visées à l’article L. 711-4, soit :
1° Les dettes alimentaires,
2° Les réparations pécuniaires allouées aux victimes dans le cadre d’une condamnation pénale, 3° Les dettes ayant pour origine des manœuvres frauduleuses commises au préjudice des organismes de protection sociale énumérés à l’article L. 114-12 du code de la sécurité sociale,
4° Les dettes fiscales dont les droits dus ont été sanctionnés par les majorations non rémissibles mentionnées au II de l'article 1756 du code général des impôts et les dettes dues en application de l'article 1745 du même code et de l'article L. 267 du livre des procédures fiscales,
5° Les amendes prononcées dans le cadre d’une condamnation pénale.
* des dettes visées à l’article L. 711-5, c’est à dire les dettes issues de prêts sur gage souscrits auprès des caisses de crédit municipal en application de l’article L. 514-1 du code monétaire et financier,
* des dettes dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques,
- Dit qu’un extrait du présent jugement sera publié par les soins du greffe au bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC),
- Rappelle que les créanciers qui n’auraient pas été convoqués à l’audience pourront former tierce opposition au présent jugement et, qu’à défaut d’une tierce opposition dans un délai de deux mois à compter de la publicité, leurs créances seront éteintes,
- Rappelle que la clôture de la procédure entraîne l’inscription au fichier national des incidents de paiement caractérisés liés aux crédits accordés aux personnes physiques pour des besoins non professionnels pour une période de cinq ans,
- Rappelle qu’en application des dispositions de l’article R.713-10 du code de la consommation, le présent jugement est immédiatement exécutoire,
- Laisse les dépens à la charge du Trésor public,
- Dit que la présente décision sera notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception à Mme [Q] [M] et ses créanciers, une copie étant adressée par lettre simple à la commission de surendettement des particuliers de la Drôme .
Le greffier, Le juge des contentieux de la protection,
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