Texte intégral
Ordonnance n° 22/831
N° RG 22/00905 - N° Portalis DBVH-V-B7G-IUQZ
J.L.D. NIMES
05 décembre 2022
[P]
C/
LE PREFET DE L'HERAULT
COUR D'APPEL DE NÎMES
Cabinet du Premier Président
Ordonnance du 06 DECEMBRE 2022
Nous, Madame Alexandra BERGER, Conseillère à la Cour d'Appel de NÎMES, conseiller désigné par le Premier Président de la Cour d'Appel de NÎMES pour statuer sur les appels des ordonnances des Juges des Libertés et de la Détention du ressort, rendues en application des dispositions des articles L 742-1 et suivants du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit de l'Asile (CESEDA), assisté de Mme Emmanuelle PRATX, Greffière,
Vu l'arrêté de M. Le Préfet de l'Hérault portant obligation de quitter le territoire national en date du 4 novembre 2022 notifié le même jour, ayant donné lieu à une décision de placement en rétention en date du 4 novembre 2022, notifiée le même jour à 18h00 concernant :
M. [Z] [P]
né le 07 Septembre 1996 à [Localité 2]
de nationalité Algérienne
Vu l'ordonnance en date du 7 novembre 2022 rendue par le Juge des Libertés et de la Détention du Tribunal Judiciaire de Nîmes portant prolongation du maintien en rétention administrative de la personne désignée ci-dessus ;
Vu la requête reçue au Greffe du Juge des Libertés et de la Détention du Tribunal Judiciaire de Nîmes le 4 décembre 222 à 10h56, enregistrée sous le N°RG 22/5388 présentée par M. le Préfet de l'Hérault ;
Vu l'ordonnance rendue le 05 Décembre 2022 à 11h40 par le Juge des Libertés et de la Détention du Tribunal de NÎMES sur seconde prolongation, qui a :
* Ordonné pour une durée maximale de 30 jours commençant à l'expiration du précédent délai de 28 jours déjà accordé, le maintien dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, de M. [Z] [P];
* Dit que la mesure de rétention prendra fin à l'expiration d'un délai de 30 jours à compter du 4 décembre 2022 à 18h00,
Vu l'appel de cette ordonnance interjeté par Monsieur [Z] [P] le 05 Décembre 2022 à 16h41 ;
Vu l'absence du Ministère Public près la Cour d'appel de NIMES régulièrement avisé ;
Vu l'absence du Préfet de l'Hérault, régulièrement convoqué,
Vu l'assistance de Monsieur [O] [K] interprète en langue arabe inscrit sur la liste des experts de la cour d'appel de Nîmes,
Vu la comparution de Monsieur [Z] [P], régulièrement convoqué ;
Vu la présence de Me Laurie LE SAGERE, avocat de Monsieur [Z] [P] qui a été entendu en sa plaidoirie ;
MOTIFS
Monsieur [Z] [P] a fait l'objet d'un arrêté de Monsieur le Préfet de l'Herault en date du 4 novembre 2022 emportant obligation de quitter le territoire national français avec interdiction de retour pendant deux ans, arrêté qui lui a été notifié le même jour.
Le 4 novembre 2022, il a été placé en rétention administrative par arrêté de la même Préfecture qui lui a été notifié le jour même.
Sur requête du Préfet, le Juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Nîmes a, par ordonnance prononcée en présence de Monsieur [Z] [P] le 7 novembre 2022 et confirmée en appel le 9 novembre 2022, ordonné la prolongation de cette mesure de rétention pour vingt-huit jours.
Par requête en date du 4 décembre 2022, le Préfet de l'Herault a sollicité que la mesure de rétention administrative de Monsieur [Z] [P] soit de nouveau prolongée pour trente jours et le 5 décembre 2022 à 11h40, le Juge des libertés et de la détention de [Localité 3] a fait droit à cette demande.
Monsieur [Z] [P] a interjeté appel de cette ordonnance le 5 décembre 2022 à 16h41.
Sur l'audience, Monsieur [Z] [P] explique ne pas être de nationalité algérienne mais lybienne, que les services de police ont fait une erreur dans la retranscription de ses déclarations. Il dit pouvoir partir en direction de la Belgique où son oncle vit. Sur son refus de s'exprimer devant les autorités algériennes il indique qu'il avait mal aux dents et ne voyait pas l'intérêt de s'exprimer alors qu'il n'est pas ressortissant algérien. Sur le plan personnel, il dit avoir entamé une relation amoureuse avec une compagne et vouloir régulariser sa situation.
Son avocate s'en rapporte quant à la déclaration d'appel et indique que Monsieur [Z] [P] a le projet de partir en Belgique.
Monsieur le Préfet n'est pas représenté à l'audience.
SUR LA RECEVABILITE DE L'APPEL :
L'appel interjeté le 5 décembre 2022 à 16h41 à l'encontre d'une ordonnance du Juge des libertés et de la détention du Tribunal judiciaire de Nîmes prononcée en sa présence le 5 décembre 2022 à 11h40, a été relevé dans les délais légaux et conformément aux dispositions des articles L.743-21, R.743-10 et R.743-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Il est donc recevable.
SUR LES MOYENS ET ÉLÉMENTS NOUVEAUX INVOQUÉS EN CAUSE D'APPEL:
L'article L.743-11 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose: « A peine d'irrecevabilité, prononcée d'office, aucune irrégularité antérieure à une audience à l'issue de laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la mesure ne peut être soulevée lors d'une audience ultérieure »
L'article 563 du Code de Procédure Civile ajoute encore que « pour justifier en appel les prétentions qu'elles avaient soumises au premier juge, les parties peuvent invoquer des moyens nouveaux, produire de nouvelles pièces ou proposer de nouvelles preuves. »
En l'espèce, ne restent recevables que le moyen d'irrecevabilité de la requête en prolongation sur laquelle l'ordonnance dont appel a statué et les moyens de fond, même nouveaux en appel.
Monsieur [Z] [P] soulève l'irrégularité de la requête en prolongation de la mesure. Ce moyen est recevable.
SUR LA RECEVABILITE DE LA REQUETE EN PROLONGATION :
- en ce que son signataire n'aurait pas compétence pour ce faire :
Monsieur [Z] [P] soutient qu'il appartient au juge judiciaire de vérifier la compétence du signataire de la requête en prolongation et la mention des empêchements éventuels des délégataires de signature. En l'espèce, le signataire de la requête ne serait pas compétent.
C'est à tort qu'il est argué de l'incompétence du signataire de la requête en prolongation signée pour le Préfet de l'HERAULT le 4 décembre 2022 par Madame [X] [R], sous préfète, secrétaire générale adjointe, alors qu'est précisément joint à cette requête un arrêté préfectoral en date du 14 septembre 2022 lui portant délégation de signature.
L'apposition de sa signature sur ladite requête présuppose l'empêchement des autres personnes ayant délégation par préférence, le retenu ne démontrant pas le contraire alors qu'en application de l'article 9 du code de procédure civile c'est bien à lui qu'il incombe d'apporter la preuve du bienfondé de ses prétentions.
Le moyen d'irrecevabilité doit donc être écarté.
SUR LE FOND :
Selon l'article L.742-4 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après la première période de prolongation de 28 jours depuis l'expiration du délai de quarante-huit heures mentionné à l'article L.742-1, le juge peut être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours dans les cas suivants:
« 1° en cas d'urgence absolue ou de menace d'une particulière gravité pour l'ordre public,
2° lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement,
3° lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison :
a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement,
b) de l'absence de moyens de transport. »
La prolongation de la rétention court alors « à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours ».
Ces dispositions doivent s'articuler avec celles de l'article L.741-3 du même code, selon lesquelles il appartient au juge judiciaire d'apprécier la nécessité du maintien en rétention et de mettre fin à la rétention administrative lorsque les circonstances de droit ou de fait le justifient, un étranger ne pouvant être placé ou maintenu en rétention « que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet ».
La délivrance d'un laissez-passer ou tout autre document de voyage ne peut être délivré que dès lors que la nationalité et donc l'identité de l'intéressé a été formellement établie. En l'état d'une personne dépourvue de pièces d'identité et de droit au séjour, les recherches propres à identifier l'origine et la nationalité de celle-ci sont incontournables et retardent d'autant la délivrance du titre de voyage.
En l'espèce, l'administration explique que Monsieur [Z] [P] n'a pas pu être présenté aux autorités consulaires pour des raisons de santé, le 9 novembre dernier. Le 16 novembre 2022, l'administration s'est trouvée confrontée à une impossibilité matérielle d'escorter Monsieur [Z] [P] à un rendez vous devant les autorités consulaires d'Algérie. Un nouveau rendez-vous a été fixé le 23 novembre. Malgré cette audition, Monsieur [Z] [P] a refusé de s'exprimer et une enquête a donc été diligentée en Algérie pour permettre l'identification du retenu. Parallèlement à ces démarches, la Préfecture a sollicité également les autorités tunisiennes, et un rendez-vous a été fixé le 2 décembre dernier. Monsieur [Z] [P] se dit désormais de nationalité Lybienne en contradiction avec ses déclarations lors de son interpellation et dans la suite de la procédure suivie à son encontre. Manifestement, il fait obstacle volontairement à l'exécution de la mesure d'éloignement.
Force est donc de constater que malgré les diligences démontrées par l'administration, la mesure d'éloignement n'a pu être exécutée en raison du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé.
Les circonstances et conditions exigées par l'article L742-4 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont donc satisfaites et la requête en prolongation de la rétention administrative de Monsieur [Z] [P] fondée en droit.
SUR LA SITUATION PERSONNELLE DE MONSIEUR [Z] [P] :
Monsieur [Z] [P], présent irrégulièrement en France est dépourvu de passeport et de pièces administratives pouvant justifier de son identité et de son origine de telle sorte qu'une assignation à résidence judiciaire est en tout état de cause exclue par les dispositions de l'article L743-13 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Il ne justifie de plus d'aucune adresse ni domicile stables en France, ne démontre aucune activité professionnelle et ne dispose d'aucun revenu ni possibilité de financement pour assurer son retour dans son pays.
Monsieur [Z] [P] a déjà bénéficié d'une assignation à résidence, le 26 juin 2021, qu'il n'a pas respecté.
Monsieur [Z] [P] ne justifie pas de ses déclarations à l'audience sur des perspectives de départ volontaires.
Il est l'objet d'une mesure d'éloignement en vigueur, telle que précitée, et qui fait obstacle à sa présence sur le sol français.
Il s'en déduit que la prolongation de sa rétention administrative demeure justifiée et nécessaire aux fins qu'il puisse être procédé effectivement à son éloignement.
Il convient par voie de conséquence de confirmer l'ordonnance déférée en toutes ses dispositions.
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement, en matière civile et en dernier ressort,
Vu l'article 66 de la constitution du 4 octobre 1958,
Vu les articles L.741-1, L.742-1 à L.743-9, R.741-3 et R.743-1 à R.743-19, L.743.21 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
DÉCLARONS recevable l'appel interjeté par Monsieur [Z] [P] ;
CONFIRMONS l'ordonnance déférée en toutes ses dispositions ;
RAPPELONS que, conformément à l'article R.743-20 du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile, les intéressés peuvent former un pourvoi en cassation par lettre recommandée avec accusé de réception dans les deux mois de la notification de la présente décision à la Cour de cassation [Adresse 1].
Fait à la Cour d'Appel de NÎMES,
le 06 Décembre 2022 à
LE GREFFIER, LE PRESIDENT,
' Notification de la présente ordonnance a été donnée ce jour au Centre de rétention administrative de [Localité 3] à [Z] [P], par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe.
Le à H
Signature du retenu
Copie de cette ordonnance remise, ce jour, par courriel, à :
Monsieur [Z] [P], pour notification au CRA
Me Laurie LE SAGERE, avocat
M. Le Préfet de l'Hérault
M.Le Directeur du CRA de [W]
Le Ministère Public près la Cour d'Appel de NIMES
M. / Mme Le Juge des libertés et de la détention
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