Texte intégral
REPUBLIQUE FRANCAISE
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE MARSEILLE
POLE SOCIAL
[Adresse 6]
[Adresse 7]
[Localité 2]
JUGEMENT N°24/00674 du 06 Février 2024
Numéro de recours: N° RG 23/00796 - N° Portalis DBW3-W-B7H-3GEF
AFFAIRE :
DEMANDERESSE
Organisme URSSAF PACA
[Adresse 8]
[Localité 4]
Représenté par Pascale TAMBURRINI munie d’un pouvoir régulier
c/ DEFENDEUR
SAS [5] demeurant chez
Monsieur [S] [R]
[Adresse 3]
[Localité 1]
Non comparant
Appelé(s) en la cause:
DÉBATS : À l'audience publique du 05 Décembre 2023
COMPOSITION DU TRIBUNAL lors des débats et du délibéré :
Président : PASCAL Florent, Vice-Président
Assesseurs : VERNIER Eric
TRAN VAN Hung
Assistés de Pierre-Julien DESCOMBAS Greffier des services Judiciaires
À l'issue de laquelle, les parties ont été avisées que le prononcé de la décision aurait lieu par mise à disposition au greffe le : 06 Février 2024
NATURE DU JUGEMENT
réputée contradictoire et en premier ressort
N° RG 23/00796
EXPOSE DU LITIGE :
Le directeur de l'Union de Recouvrement des cotisations de Sécurité Sociale et d’Allocations Familiales de Provence-Alpes-Côte d'Azur (ci-après URSSAF PACA) a décerné le 15 février 2023 à l’encontre de la SAS [5] une contrainte n°70037684, signifiée le 21 février 2023, d’un montant de 13.645 € pour le recouvrement de cotisations sociales et majorations de retard pour la période des mois de février et mars 2020, mars, avril et juin 2021, et janvier à avril 2022.
Par lettre recommandée avec avis de réception expédiée le 8 mars 2023, le président de la SAS [5] a saisi le pôle social du tribunal judiciaire de Marseille d’une opposition à cette contrainte en faisant état d’une dissolution de la société à effet au 30 juin 2022.
L’affaire a été appelée et retenue à l’audience du 5 décembre 2023.
L’URSSAF PACA, représentée par une inspectrice juridique, sollicite du tribunal de :
-débouter la requérante de son recours ;
-valider la contrainte n°70037684 du 15 février 2023 pour un montant de 13.645 € ;
-condamner la SAS [5] à lui payer cette somme outre les frais de signification de la contrainte.
Le président-liquidateur de la SAS [5], régulièrement convoqué par courrier recommandé dont l’avis de réception est revenu signé (le 20 octobre 2023), n’est ni présent ni représenté à l’audience.
L’affaire a été mise en délibéré au 6 février 2024.
MOTIFS DE LA DÉCISION :
Aux termes de l’article L.244-9 du code de la sécurité sociale, la contrainte décernée par le directeur d’un organisme de sécurité sociale pour le recouvrement des cotisations et majorations de retard emporte, à défaut d’opposition du débiteur devant le tribunal dans les délais et selon les conditions fixées par décret, tous les effets d’un jugement et confère notamment le bénéfice de l’hypothèque judiciaire.
Sur la recevabilité de l’opposition
En application de l’article R.133-3 du code de la sécurité sociale, à défaut de règlement dans le délai d’un mois imparti par la mise en demeure, l’URSSAF peut délivrer une contrainte.
Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal dans le ressort duquel il est domicilié par lettre recommandée avec accusé de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la signification ou de la notification. L’opposition doit être motivée à peine d'irrecevabilité ; une copie de la contrainte contestée doit lui être jointe.
Du fait de l'opposition, la qualité de défendeur appartient à la partie qui saisit le tribunal.
En l'espèce, la SAS [5] a formé opposition le 8 mars 2023 à la contrainte signifiée le 21 février 2023, soit dans le respect du délai de quinze jours imparti sous peine de forclusion.
L’opposition, suffisamment motivée, sera par conséquent déclarée recevable.
Sur la validation de la contrainte
La contrainte décernée le 15 février 2023 a été précédée d’une mise en demeure du 27 juin 2022, non contestée, permettant à la cotisante de connaître la nature, la cause et le montant des sommes réclamées.
Cette mise en demeure est restée sans effet, de sorte que la contrainte litigieuse a valablement pu être décernée, et est régulière en la forme.
En application des articles R.243-13 et R.243-6 et suivants du code de la sécurité sociale, les cotisations sociales sont déclarées de manière agrégée dans la déclaration sociale nominative en fonction de leur assiette et des exonérations qui s'y appliquent le cas échéant, selon une nomenclature fixée par arrêté conjoint du ministre chargé de la sécurité sociale et du ministre charge du budget, sur proposition de l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale.
Pour chaque établissement, les employeurs déclarent et versent les cotisations sociales aux organismes de recouvrement dont ces établissements et leurs salariés relèvent le 5 ou le 15 du mois suivant la période de travail, selon les cas.
Et en application de l'article R.243-18 du code de la sécurité sociale, dès lors que l'employeur ou le travailleur indépendant ne s'acquitte pas de la totalité des cotisations dues à leur date d’exigibilité, et quelle que soit la périodicité de leur versement, des majorations de retard sont calculées par l'URSSAF en pourcentage du montant des cotisations restant dues.
Les cotisations de sécurité sociale sont portables, et non quérables, et les majorations de retard commencent à courir dès le lendemain de leur date d’exigibilité et jusqu’à leur complet paiement.
En matière d’opposition à contrainte, il n'appartient pas à l'organisme de recouvrement de rapporter la preuve du bien-fondé de la créance, mais au cotisant qui forme opposition d’établir son caractère infondé ou injustifié, en présentant des éléments de fait et de droit de nature à remettre en cause la réalité de la dette, l'assiette, ou le montant des cotisations.
En vertu du principe de l'oralité des débats, telle que prévue à l'article 446-1 du code de procédure civile, le tribunal ne peut se fonder sur les prétentions écrites de l'opposant qui n'est ni présent ni représenté à l'audience alors qu'il n'en a pas été dispensé.
La SAS [5] ne comparaissant pas à l'audience pour soutenir les termes de son opposition, il y a lieu de la rejeter, et de valider ladite contrainte délivrée au titre des cotisations et majorations de retard dues pour la période des mois de février et mars 2020, mars, avril et juin 2021, et janvier à avril 2022.
Le tribunal rappelle le principe établi par l’article L.237-12 du code de commerce selon lequel « le liquidateur est responsable, à l'égard tant de la société que des tiers, des conséquences dommageables des fautes par lui commises dans l'exercice de ses fonctions. »
Dans le cadre d’une opération de liquidation amiable, le liquidateur a pour obligation de recouvrer les dettes de la société, d’apurer son passif, de réaliser ses actifs et ne pas procéder à la clôture de la liquidation avant que le passif soit entièrement apuré. La liquidation doit être suspendue le temps de réaliser les actifs et d’apurer le passif.
Si la réalisation des actifs ne permet pas de couvrir les dettes de la société, le liquidateur doit solliciter l'ouverture d’une procédure collective.
Le liquidateur qui clôture les opérations de liquidation en omettant de prendre en compte une dette sociale dont il a connaissance engage sa responsabilité.
En l’espèce, la connaissance par le président de la société, et futur liquidateur, de la procédure de recouvrement de cotisations sociales est avérée et n’est pas sérieusement contestable.
Le créancier connu et impayé est bien fondé à mettre en œuvre la responsabilité du liquidateur amiable sur le fondement de l'article L 237-12 du code de commerce, et à solliciter la réparation de son préjudice, égal au montant de la créance impayée, sur le fondement de l'article 1240 du code civil.
Conformément aux articles 696 du code de procédure civile et R.133-6 du code de la sécurité sociale, la partie qui succombe à l’instance en supporte les dépens.
PAR CES MOTIFS,
Le tribunal, statuant par jugement réputé contradictoire et en premier ressort,
- Déclare recevable, mais mal fondé, le recours de la SAS [5] à l’encontre de la contrainte n°70037684 du 15 février 2023 de l’URSSAF PACA ;
- Valide ladite contrainte pour un montant de 13.645 € et condamne la SAS [5] à payer cette somme à l’URSSAF PACA au titre des cotisations sociales et majorations de retard dues pour la période des mois de février et mars 2020, mars, avril et juin 2021, et janvier à avril 2022 ;
- Condamne la SAS [5] aux dépens de l'instance, en ce compris les frais de signification de la contrainte ;
- Rappelle que la présente décision est exécutoire de droit à titre provisoire ;
- Dit que tout appel de la présente décision doit être formé, à peine de forclusion, dans le délai d’un mois à compter de sa notification, conformément aux dispositions de l'article 538 du code de procédure civile.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
LE GREFFIER ,LE PRÉSIDENT,
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