Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE
DE [Localité 5]
Ordonnance du : 10 Octobre 2025
N° RG 25/00194 - N° Portalis DBYA-W-B7J-E3TTB
N° Minute : 25/593
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
ENTRE
Madame [U] [K] [I] [G] veuve [X]
[Adresse 2]
[Localité 3]
Représentée par Me Clémence BAVOIL-MERCADIER de l’AARPI DBM AVOCATS, avocats au barreau de BEZIERS
DEMANDEUR
D'UNE PART
ET
S.A.R.L. FRANDY, prise en la personne de son Gérant en exercice Monsieur [P] [E]
[Adresse 1]
[Adresse 6]
[Localité 3]
non comparante ni représentée
DÉFENDEUR
D'AUTRE PART
COMPOSITION:
Lors des débats en audience publique:
Monsieur Jean-Bastien RISSON, Président
Madame Béatrice MONBARBUT, Greffier
Magistrat ayant délibéré:
Monsieur Jean-Bastien RISSON, Président
Après que les parties ou leurs conseils aient été entendus en leurs explications et plaidoirie à l'audience Publique du 23 Septembre 2025 et qu'il en ait été délibéré, l'ordonnance suivante a été rendue ce jour.
Vu les articles 834 et 835 du Code de procédure civile,
Vu l’assignation en référé par acte de commissaire de justice, en date du 11 mars 2025, devant le président du tribunal judiciaire de BEZIERS à la demande de Madame [U] [G] veuve [X], propriétaire de locaux commerciaux sis [Adresse 1] à AGDE (34300) donnés à bail à la société à responsabilité limitée FRANDY, prise en la personne de son représentant légal en exercice, (ci-après dénommée SARL FRANDY), pour faire constater la résolution dudit bail par l’effet d’une clause résolutoire à la suite du défaut de paiement des loyers, obtenir son expulsion, la séquestration des meubles et sa condamnation à lui payer une provision de 2.884,70 € à valoir sur les loyers et charges impayés, une indemnité d’occupation correspondant au montant actuel des loyers, soit 820,42 €, et une somme de 1.500,00 € sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile, outre les entiers dépens, en ce compris le coût du commandement de payer, enfin voir ordonner l’exécution de l’ordonnance au seul vu de la minute,
Vu la décision en date du 16 mai 2025 ordonnant la réouverture des débats à l’audience du 17 juin 2025,
Vu la décision en date du 4 juillet 2025 ordonnant la réouverture des débats à l’audience du 23 septembre 2025,
Vu l’absence de comparution de la SARL FRANDY, régulièrement assignée et avisée de l’audience par dépôt de l’acte en l’étude de commissaire de justice,
Vu la dénonce à la société BANQUE POPULAIRE DU SUD, créancier inscrit, en date du 12 mars 2025,
Vu l’audience du 23 septembre 2025 lors de laquelle Madame [U] [G] veuve [X] a repris ses demandes en indiquant oralement avoir transmis l’acte de dévolution successorale ainsi que l’avis de taxe foncière au nom de la demanderesse,
Conformément aux articles 446-1 et 455 du Code de procédure civile, pour plus ample informé de l’exposé et des prétentions des parties, il est renvoyé à l'assignation introductive d’instance ainsi qu’aux conclusions développées oralement à l’audience,
MOTIFS
Sur la résiliation du bail
L’article 834 du Code de procédure civile dispose que dans tous les cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend.
La juridiction des référés n'est toutefois pas tenue de caractériser l'urgence, au sens de l'article 834 du Code de procédure civile, pour constater l'acquisition de la clause résolutoire et la résiliation de droit d'un bail.
L’article L.145-41 du Code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. Le bailleur, au titre d'un bail commercial, demandant la constatation de l'acquisition de la clause résolutoire comprise dans le bail doit rapporter la preuve de sa créance.
Aux termes de l’article 835 alinéa 1er du Code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Le maintien dans un immeuble, sans droit ni titre du fait de la résiliation du bail, constitue un trouble manifestement illicite.
Le juge des référés doit constater la résiliation de plein droit du bail au titre de la clause résolutoire s’il n’existe aucune contestation sérieuse sur la nature et l’étendue de l’obligation du bail que le preneur n’a pas respectée, sur le contenu de la clause résolutoire en elle-même, et sur la façon dont le bailleur la met en œuvre. Il est par conséquent nécessaire que le bailleur soit en situation d'invoquer de bonne foi la mise en jeu de cette clause, que la clause résolutoire soit dénuée d'ambiguïté et ne nécessite pas interprétation, que les obligations du bail dont la violation desquelles la clause résolutoire est la sanction ne soient l’objet d’aucune contestation sérieuse du preneur quant à leur charge et à leur étendue.
En l’espèce, Madame [U] [G] veuve [X] justifie, par la production du bail en date du 9 mai 2016 et l’avenant en date du 31 octobre 2018, de l’acte de notoriété en date du 25 janvier 2022, du commandement de payer en date du 15 novembre 2024 et du décompte, que sa locataire a cessé de payer ses loyers et reste lui devoir une somme correspondant à des loyers impayés.
Le bail et l’avenant stipulent que le loyer annuel hors taxes est désormais de 9.000,00 € payable en douze fractions égales de 750,00 €.
La somme impayée est calculée de la manière suivante :
Loyer septembre 2024 = 820,42 €
Loyer octobre 2024 = 820,42 €
Loyer novembre 2024 = 820,42 €
Loyer décembre 2024 = 820,42 €
Loyer janvier 2025 = 820,42 €
Loyer février 2025 = 820,42 €
Loyer mars 2025 = 820,42 €
Loyer avril 2025 = 820,42 €
Loyer mai 2025 = 820,42 €
Loyer juin 2025 = 820,42 €
Loyer juillet 2025 = 820,42 €
Loyer août 2025 = 820,42 €
Loyer septembre 2025 (jusqu’au 23 septembre) = 628,99 €
Soit une somme impayée totale de 10.474,03 €.
Le bail stipule qu’à défaut de paiement d’un terme du loyer à son échéance, le contrat est résilié de plein droit un mois après la délivrance d’un commandement de payer demeuré infructueux.
Le commandement de payer, délivré dans les formes prévues à l’article L.145-41 du Code de commerce le 15 novembre 2024, est demeuré infructueux, le bail s’est trouvé résilié de plein droit un mois après.
L’obligation de la SARL FRANDY de quitter les lieux n’étant dès lors pas contestable, il convient d’accueillir la demande d’expulsion.
Le maintien dans les lieux de la SARL FRANDY causant un préjudice à Madame [U] [G] veuve [X], celle-ci est fondée à obtenir, à titre provisionnel, une indemnité d’occupation égale au montant du loyer, augmenté des charges et taxes afférentes, qu’elle aurait perçue si le bail ne s’était pas trouvé résilié.
Sur la demande de provision
L’article 835 alinéa 2 du Code de procédure civile dispose que « Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, (le président du tribunal statuant en référé) peut toujours accorder une provision au créancier ».
Si le montant de la provision allouée en référé n’a d’autre limite que le montant non sérieusement contestable de la dette alléguée, il doit conserver un caractère provisionnel.
En l’état des éléments versés aux débats, il n’est pas sérieusement contestable que la locataire soit redevable des sommes suivantes :
Loyer septembre 2024 = 820,42 €
Loyer octobre 2024 = 820,42 €
Loyer novembre 2024 = 820,42 €
Loyer décembre 2024 = 820,42 €
Loyer janvier 2025 = 820,42 €
Loyer février 2025 = 820,42 €
Loyer mars 2025 = 820,42 €
Loyer avril 2025 = 820,42 €
Loyer mai 2025 = 820,42 €
Loyer juin 2025 = 820,42 €
Loyer juillet 2025 = 820,42 €
Loyer août 2025 = 820,42 €
Loyer septembre 2025 (jusqu’au 23 septembre) = 628,99 €
Soit une somme impayée totale de 10.474,03 €.
Madame [U] [G] veuve [X] sollicite une provision égale à la somme de 2.884,70 € (deux-mille-huit-cent-quatre-vingt-quatre euros et soixante-dix centimes). Cette somme n’étant pas sérieusement contestable, il convient d’accueillir la demande de provision à cette hauteur.
Sur les demandes accessoires
L’article 491 alinéa 2 du Code de procédure civile dispose que le juge statuant en référé statue sur les dépens. Il s’agit d’une obligation, de sorte que toute demande tendant à “réserver” les dépens doit être rejetée. L’article 696 dudit code précise que la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
La SARL FRANDY, qui succombe, doit supporter la charge des dépens, conformément aux dispositions susvisées.
L’article 700 du Code de procédure civile dispose que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer : 1° A l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, 2° et, le cas échéant, à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Dans ce cas, il est procédé comme il est dit aux alinéas 3 et 4 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Dans tous les cas, le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à ces condamnations. Néanmoins, s'il alloue une somme au titre du 2° du présent article, celle-ci ne peut être inférieure à la part contributive de l’État.
Aucun élément tiré de l’équité ou de la situation économique de la SARL FRANDY ne permet d’écarter la demande de Madame [U] [G] veuve [X] formée sur le fondement des dispositions susvisées. Celle-ci sera cependant évaluée à la somme de 1.200,00 € en l’absence d’éléments de calcul plus explicites versés aux débats.
PAR CES MOTIFS
Statuant en référé, par mise à disposition au greffe, après débats en audience publique, par décision réputée contradictoire et en premier ressort,
Renvoyons les parties à se pourvoir sur le fond du litige ;
Constatons la résolution du bail commercial conclu entre Madame [U] [G] veuve [X] et la société à responsabilité limitée FRANDY, prise en la personne de son représentant légal, pour les locaux sis [Adresse 1] à [Localité 4] ;
Ordonnons, si besoin avec le concours de la force publique, l’expulsion de la société à responsabilité limitée FRANDY, prise en la personne de son représentant légal, ou de tous occupants de son chef des locaux situés [Adresse 1] à [Localité 4], dans le délai d’un mois à compter de la signification de la présente ordonnance ;
Disons que les meubles et objets mobiliers se trouvant sur place donneront lieu à l'application des dispositions des articles L.433-1 et L.433-2 du Code des procédures civiles d'exécution ;
Condamnons la société à responsabilité limitée FRANDY, prise en la personne de son représentant légal, à payer à Madame [U] [G] veuve [X] la somme provisionnelle de 2.884,70 € (deux-mille-huit-cent-quatre-vingt-quatre euros et soixante-dix centimes) correspondant aux loyers impayés ;
Condamnons la société à responsabilité limitée FRANDY, prise en la personne de son représentant légal, à payer à Madame [U] [G] veuve [X] une indemnité d’occupation mensuelle et ce, jusqu’à la libération effective des lieux et à la remise des clefs, égale au montant du loyer, soit 750,00 € (sept-cent-cinquante euros), augmentée des charges et taxes afférentes qu’elle aurait dû payer si le bail ne s’était pas trouvé résilié ;
Condamnons la société à responsabilité limitée FRANDY, prise en la personne de son représentant légal, au paiement des entiers dépens de l’instance, en ce compris le coût du commandement de payer ;
Condamnons la société à responsabilité limitée FRANDY, prise en la personne de son représentant légal, à payer à Madame [U] [G] veuve [X] la somme de 1.200,00 € (mille-deux-cents euros) sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile ;
Rejetons toutes autres demandes ainsi que toutes demandes plus amples ou contraires ;
Rappelons que la présente décision bénéficie de l'exécution provisoire de droit ;
AINSI jugé et prononcé par mise à disposition au greffe, par Monsieur Jean-Bastien RISSON, Président assisté de Madame Béatrice MONBARBUT, Greffier.
Le greffier, Le Président,