Texte intégral
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOURG EN BRESSE
JCP juge des contentieux de la protection
JUGEMENT DU 13 JUIN 2024
N° RG 24/00029 - N° Portalis DBWH-W-B7I-GUSE
N° minute : 24/00209
Dans l’affaire entre :
DEMANDERESSE
SOCIETE D’HLM COOPERATIVE HLM AIN HABITAT
dont le siège social est sis [Adresse 2]
représentée par Me Corinne BENOIT-REFFAY, avocat au barreau de Lyon, substitué par Me Manon VIALLE, avocat au barreau de l’Ain
et
DEFENDEUR
Monsieur [X] [O]
né le 08 Septembre 1971
demeurant [Adresse 1]
comparant
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Magistrat:Madame PONCET, Présidente
Greffier:Madame TALMANT, Greffier
Débats:en audience publique le 02 Mai 2024
Prononcé: décision rendue publiquement par mise à disposition au greffe le 13 Juin 2024
copies délivrées le 13 JUIN 2024 à :
SOCIETE D’HLM COOPERATIVE HLM AIN HABITAT
Monsieur [X] [O]
formule(s) exécutoire(s) délivrée(s) le 13 JUIN 2024 à :
SOCIETE D’HLM COOPERATIVE HLM AIN HABITAT
RAPPEL DES FAITS
Par contrat du 07 octobre 2020, la société HLM AIN HABITAT a donné à bail à M. [X] [O] un logement à usage d’habitation situé au [Adresse 1], pour un loyer mensuel de 386,61 € provision sur charges incluse.
Des loyers étant demeurés impayés, la société HLM AIN HABITAT a fait signifier un commandement de payer visant la clause résolutoire, le 26 septembre 2023 ; puis elle a fait assigner M. [X] [O] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse par acte de commissaire de justice du 29 janvier 2024 pour obtenir la résiliation du contrat, l'expulsion et la condamnation au paiement des arriérés locatifs.
A l’audience du 02 mai 2024, la société HLM AIN HABITAT maintient ses demandes, sauf à actualiser sa dette de loyer comme précisé dans son assignation. Elle demande ainsi au juge des contentieux de la protection de :
- constater la résiliation de plein droit du bail d'habitation ;
- d'ordonner l’expulsion de M. [X] [O], ainsi que tous occupants de son chef ;
- de condamner M. [X] [O] à lui payer une indemnité d'occupation, équivalente au terme mensuel actuel outre les charges locatives, de la date de résiliation jusqu'à l'entière libération des lieux ;
- de condamner M. [X] [O] à lui payer la somme actualisée de 1.892,85 € ;
- de condamner M. [X] [O] à lui payer la somme de 200 € pour résistance abusive et la somme de 150 € en application de l’article 700 du code de procédure civile en plus de la prise en charge des dépens, le tout, sous le bénéfice de l'exécution provisoire.
La société HLM AIN HABITAT a indiqué qu'il s'agissait de la seconde procédure contre M. [X] [O] puisqu'une ordonnance du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de BOURG EN BRESSE avait été rendue le 29 juillet 2021. Un nouveau plan d'apurement de 80 € par mois avait été mis en place en juin 2023 qui a été partiellement respecté. En outre, le bailleur a précisé que le locataire avait repris le paiement des loyers des mois de février et mars 2024. Enfin, il a demandé à ce qu'en cas d'octroi de délais de paiement, les mensualités soient supérieures à 80 € par mois, en plus du loyer courant, afin que la dette locative soit rapidement apurée.
M. [X] [O] comparaît en personne et reconnaît le montant de la dette locative, mais demande à pouvoir se maintenir dans les lieux en reprenant le paiement du loyer courant, outre la somme de 80 € par mois en règlement de l'arriéré. Il a déclaré avoir repris le paiement du loyer courant avec un supplément de 80 € par mois.
Un diagnostic social et financier a été reçu au greffe avant l’audience et il a été donné lecture de ses conclusions à l’audience.
L'affaire a été mise en délibéré au 13 juin 2024.
MOTIFS DE LA DECISION
La loi n°2023-668 du 27 juillet 2023 modifiant la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 est entrée en vigueur le 29 juillet 2023. Si la loi nouvelle ne s'applique pas, sauf rétroactivité expressément décidée par le législateur, aux actes juridiques conclus antérieurement à son entrée en vigueur, s'agissant de dispositions d'ordre public, la loi nouvelle régit immédiatement les effets légaux des situations juridiques ayant pris naissance avant son entrée en vigueur et non définitivement réalisées.
I. SUR LA RESILIATION :
- sur la recevabilité de l'action :
Une copie de l’assignation a été notifiée à la préfecture de l'Ain par la voie électronique le 31 janvier 2024, soit plus de six semaines avant l’audience, conformément aux dispositions de l’article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989, dans sa version en vigueur au 29 juillet 2023.
Par ailleurs, la société HLM AIN HABITAT justifie avoir saisi la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives également le 18 juillet 2023, soit deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation du 29 janvier 2024, conformément aux dispositions de l’article 24 II de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989.
L’action est donc recevable.
- sur le bien fondé de la demande :
L'article 24 I de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 prévoit que "toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux" .
Le bail conclu le 07 octobre 2020 contient une clause résolutoire (article 4) faisant expressément référence à un délai de deux mois et un commandement de payer visant cette clause a été signifié le 26 septembre 2023, pour la somme en principal de 2.064,20 €. Ce commandement est demeuré infructueux pendant plus de deux mois, de sorte qu’il y a lieu de constater que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire contenue dans le bail étaient réunies à la date du 26 novembre 2023.
II. SUR LES DEMANDES DE CONDAMNATION AU PAIEMENT :
La société HLM AIN HABITAT produit un décompte démontrant que M. [X] [O] reste lui devoir la somme de 1.892,85 € à la date du 05 avril 2024 dont il y a lieu de déduire les sommes suivantes :
- les frais d'impayés, indûment comptabilisés, soit la somme de 26 € (13 € x 2),
- les frais d'huissier, qui seront compris dans les dépens, soit la somme de 132,69 €.
M. [X] [O] n’apporte aucun élément de nature à contester le principe ni le montant de la dette, qu’il reconnaît d’ailleurs à l’audience. Il sera donc condamné au paiement de cette somme de 1.734,16 €.
Par ailleurs, il doit être condamné au paiement d'une indemnité mensuelle d’occupation pour la période courant du 26 novembre 2023 à la date de la libération effective et définitive des lieux, partie de ces indemnités d’occupation étant déjà incluse dans l’arriéré locatif, les sommes dues à compter de la résiliation étant juridiquement des indemnités d’occupation et non des loyers. Cette indemnité mensuelle d'occupation sera fixée au montant du loyer et des charges, tel qu'il aurait été si le contrat s'était poursuivi, afin de réparer le préjudice découlant pour le demandeur de l'occupation indue de son bien et de son impossibilité de le relouer.
Le défendeur sera par conséquent condamné au paiement de cette somme de 1.734,16 €, arrêtée au 05 avril 2024, outre les indemnités d'occupation postérieures.
III. SUR LES DELAIS DE PAIEMENT :
L'article 24 V de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dans sa nouvelle version ajoute que " Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. ".
D'autre part l'article 24 VII dispose désormais : "Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l'exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet."
En l'espèce, M. [X] [O] déclare travailler en CDI et ne pas avoir d'autres dettes. Il a repris le paiement du loyer courant avec un supplément de 80 € par mois, en plus du loyer courant, depuis le mois de décembre 2023 et propose de maintenir ces règlements afin d'apurer la dette locative.
Le bailleur n'est pas opposé à l'octroi de délais de paiement mais demande à ce que les mensualités soient supérieures à 80 €.
M. [X] [O] a prouvé sa bonne foi et la réalité de son engagement car sa dette locative a diminué depuis l'assignation.
Compte tenu de ces éléments et des propositions de règlements formulées à l’audience, M. [X] [O] sera autorisé à se libérer du montant de sa dette selon les modalités qui seront rappelées au dispositif.
Les effets de la clause résolutoire seront suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés.
Il convient néanmoins de prévoir que tout défaut de paiement des loyers et charges courants d’une part, des délais de paiement d’autre part, justifiera l’expulsion et la condamnation de M. [X] [O] au paiement d’une indemnité mensuelle d’occupation.
IV. SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES :
La résistance abusive de la locataire n'est pas établie, ni la réalité d'un préjudice distinct du simple retard pour le bailleur. En conséquence la demande de dommages-intérêts sera rejetée.
M. [X] [O], partie perdante, supportera la charge des dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de l’assignation et de sa notification à la préfecture.
L'équité ne commande pas de prononcer de condamnation sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile.
L'exécution provisoire est de droit.
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection, statuant par mise à disposition au greffe, par jugement contradictoire et en premier ressort,
CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 07 octobre 2020 entre la société HLM AIN HABITAT et M. [X] [O] concernant le logement à usage d’habitation situé au [Adresse 1] sont réunies à la date du 26 novembre 2023 ;
CONDAMNE M. [X] [O] à verser à la société HLM AIN HABITAT la somme de 1.734,16 € (décompte arrêté au 05 avril 2024, incluant l'échéance du mois de mars 2023 pour un montant de 420,61 €, une régularisation des charges d'un montant de 92,99 € et deux règlements de 420,61 € et 81 € effectués le 05 avril 2024) ;
AUTORISE M. [X] [O] à s’acquitter de cette somme, en 21 mensualités de 80 € chacune et une 22ème mensualité qui soldera la dette en principal et intérêts, et ce, en plus des loyers et charges courants ;
PRECISE que chaque mensualité devra intervenir avant le 10 de chaque mois et pour la première fois le 10 du mois suivant la signification du présent jugement ;
SUSPEND les effets de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés ;
DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise ;
DIT qu’en revanche, toute mensualité, qu'elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l’arriéré, restée impayée sept jours après l'envoi d'une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception justifiera :
* que la clause résolutoire retrouve son plein effet ;
* que le solde de la dette devienne immédiatement exigible ;
* qu'à défaut pour M. [X] [O] d’avoir volontairement libéré les lieux dans les deux mois de la délivrance d’un commandement de quitter les lieux, la société HLM AIN HABITAT puisse faire procéder à son expulsion ainsi qu’à celle de tous les occupants de son chef, avec le concours d’un serrurier et de la force publique si besoin est ;
* que M. [X] [O] soit condamné à verser à la société HLM AIN HABITAT une indemnité mensuelle d’occupation égale au montant du loyer et des charges qui auraient été dus en l’absence de résiliation du bail, jusqu’à la date de la libération effective et définitive des lieux caractérisée par la remise des clés au bailleur ou à son mandataire, ou l'expulsion ;
DEBOUTE les parties de leurs autres demandes ;
CONDAMNE M. [X] [O] aux dépens, qui comprendront notamment le coût du commandement de payer, de l’assignation et de sa notification à la préfecture ;
DIT n’y avoir lieu à écarter l'exécution provisoire de droit ;
DIT qu'une copie du présent jugement sera transmise par les soins du greffe au représentant de l'État dans le département en application de l'article R 412-2 du code des procédures civiles d'exécution.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition du jugement au greffe du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire, le 13 juin 2024.
Le greffier,Le juge des contentieux de la protection,
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